Chikungunya : les précautions à prendre

Photo moustique tigre sur peau

Face à une zone infectieuse qui s'étend, il est nécessaire d’avoir une surveillance renforcée et d’appliquer une prévention individuelle contre le chikungunya.

Depuis 1952, en Tanzanie, date et lieu du premier isolement du chikungunya, la circulation de ce virus n’a cessé de progresser. Après les îles de l’Océan Indien, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, ce virus gagne l’Europe du Sud lors de l’été 2007, en touchant près de 300 personnes dans la région italienne d’Emilie Romagne.

Après sa progression dans  la majeure partie de l’Afrique et de l’Asie du Sud-Est, ce moustique colonise à partir de 2004 le pourtour méditerranéen et gagne les les Alpes-Maritimes. On le retrouve en Haute-Corse, puis en Corse du Sud, et dans le Var. Depuis 2009, il est implanté dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence, et depuis 2011 dans le Gard et l’Hérault. Son implantation permanente dans ces régions est à l’origine de deux cas de chikungunya, dans le Var, à Fréjus en 2010.

La dissémination rapide de la maladie est en grande partie due à l’accroissement important des voyages internationaux, mais surtout à l’adaptabilité majeure à de nouveaux environnements du vecteur de la maladie, le moustique Aedes Albopictus (communément appelé moustique tigre).

Le chikungunya, une maladie virale

Après une incubation de 4 à 7 jours, la maladie débute brutalement par une fièvre élevée supérieure à 38°5 C, accompagnée de maux de tête, de douleurs articulaires invalidantes et d’une éruption cutanée légère et fugace.

La maladie évolue sur une semaine à dix jours puis est suivie d’une fatigue intense qui peut subsister plusieurs semaines. Les douleurs articulaires, associées à des courbatures (qui ont donné son nom à la maladie, chikungunya signifiant « maladie de l'homme courbé ») peuvent subsister bien plus longtemps.

Dans le contexte épidémique de l’île de la Réunion en 2006/2007, des formes graves ont été signalées dans 1 cas sur 1000, décompensant la plupart du temps des pathologies antérieures à la maladie, mais aussi présentant une forme neurologique ou des atteintes cardiaques ou hépatiques.

Chez l’enfant, des hémorragies bénignes (gingivorragies et épistaxis/saignements de nez) sont possibles.

Enfin, chez la femme enceinte, une transmission du virus a été retrouvée chez le nouveau-né, pouvant provoquer des complications neurologiques graves.

Le diagnostic de la maladie dans un contexte épidémique ne pose pas de problème majeur ; pour des cas particuliers, avec peu de signes cliniques et surtout en dehors du contexte épidémique, le diagnostic biologique confirmera la maladie par sérologie  à la recherche d’anticorps.

A noter qu’après la maladie, on développe une immunité qui semble durable.
 

Pas de traitement contre le chikungunya

A ce jour il n’existe aucune substance, médicamenteuse ou extrait naturel de plante ou tout autre produit qui ait fait preuve d’une activité spécifique contre le virus du chikungunya.

L’utilisation de substances à base de plantes a pu entraîner des complications hépatiques sévères, à l’origine de plusieurs décès ; la plupart de ces complications sont apparues après la prise de « traitements traditionnels », notamment le jus de Noni.

En revanche il existe une panoplie de traitements symptomatiques pour lutter essentiellement contre la douleur et la fièvre.

Il est important de s’hydrater abondamment.

A ce jour aucun vaccin n’est disponible sur le marché.

N’hésitez pas à consulter votre médecin ou votre pharmacien.
 

Une surveillance renforcée

Le risque de déclenchement d’une épidémie de chikungunya à partir de cas importés en France métropolitaine est réel. Aussi, les autorités sanitaires ont élaboré une série de mesures pour prévenir une telle éventualité.

Une surveillance épidémiologique a été mise en place, avec déclaration obligatoire, depuis 2006, de tous les cas de chikungunya sur le territoire français, pour pouvoir mettre en œuvre les moyens de lutte anti-vectorielle (LAV), le moustique étant le vecteur de la maladie.

La lutte anti-vectorielle consiste à :

  • Supprimer les gîtes larvaires (mesure préventive) à l’intérieur de tout habitat, c’est-à-dire les récipients de petite dimension contenant ou pouvant contenir de l'eau stagnante (dessous de pot, bidons, gouttières…). Tuer une larve, c’est tuer un moustique adulte qui pondra 250 œufs tous les 2 jours.
  • Détruire les moustiques adultes (mesure curative) par destruction chimique.

L’importance de la prévention individuelle

La maladie se transmet par la piqûre du moustique qui prélève le virus sur une personne infectée, qui le sera pendant 7 jours (période de virémie).

Éviter les piqûres de moustique, c’est donc se protéger soi-même et freiner la progression de l’épidémie. Voici quelques recommandations :

  • Porter des vêtements longs et amples, recouvrant les bras et les jambes, et pouvant être imprégnés de répulsif.
  • Utiliser des répulsifs cutanés sur les parties découvertes en tenant compte de leur durée d’action qui peut varier de 6 à 12 h, en fonction de la concentration du produit, de la température extérieure, de la transpiration, des bains…
  • Respecter les précautions d’emploi pour les enfants de moins de 12 ans et les femmes enceintes.
  • Privilégier les moustiquaires sur les berceaux et les lits.
  • Utiliser les tortillons fumigènes uniquement à l’extérieur.

Le moustique tigre ayant une activité essentiellement diurne (avec recrudescence d’activité le matin et en fin de journée), c’est donc dans la journée qu’il faut se protéger.

Aucune mesure n’est efficace à 100% : c’est la somme des mesures collectives et individuelles qui permet de limiter la progression de l’épidémie.

    • InVS. Bilan 2006-11 de surveillance renforcée des infections à virus chikungunya et dengue, mise en oeuvre dans les départements colonises par Aedes Albopictus du 1er mai au 30 novembre. CIRE SUD et présentation au congrès "Environmental Changes and Impacts on Human Health 2012" 23 mars 2012.
    • INPES. Documents à destination des professionnels de santé : dengue et chikungunya. Mai 2011.
    • Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé : dossier de presse Chikungunya 2011.
    • Serge Moran. Les déterminants des maladies infectieuses humaines en Europe : influence de la biodiversité et de la variabilité climatique. BEH 12-13 20 mars 2012.
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