Comment peut-on prouver qu’un aliment protège du cancer ?

Photo chercheurs labo

La recherche d’aliments capables de protéger des cancers remonte à la fin des années 1970. En étudiant la fréquence de certains cancers, on a constaté de fortes disparités entre les pays, d’où lhypothèse dun rôle des habitudes alimentaires. Souvent cependant, les études suscitent  plus de questions que de réponses.

Pour un aliment, la mise en évidence d’un effet protecteur vis-à-vis d’une maladie requiert un ensemble d’études destinées à identifier cet aliment, à en comprendre le mode d’action et à mesurer si sa consommation régulière, voire sa prise sous forme de complément alimentaire, possède un effet protecteur significatif.

Des études épidémiologiques pour déceler les candidats potentiels

En étudiant l’influence de l’alimentation sur l’apparition des cancers, on constate parfois que, selon le pays, la région ou le groupe culturel, la fréquence des différents cancers varie fortement. Ainsi les Mormons, dont l’alimentation est riche en céréales, pauvre en viandes et dépourvue d’alcool et de caféine, sont significativement moins atteints de cancers du sein ou du côlon que le reste des Nord-Américains.

De nombreuses études épidémiologiques semblent indiquer un rôle de l’alimentation, en particulier dans la survenue du cancer du sein (lié à une alimentation riche en graisses) et de celui du côlon (lié à un apport insuffisant en fibres). Néanmoins, les habitudes alimentaires étant souvent le reflet d’une hygiène de vie plus globale, il est nécessaire de distinguer le rôle des aliments de celui des autres facteurs potentiels tels que l’activité physique, l’usage du tabac ou la qualité de l’environnement.

Des études comparatives pour affiner les hypothèses

À partir des observations épidémiologiques, des études comparatives sont mises en place au cours desquelles un nombre important de personnes est suivi sur plusieurs années. Leurs habitudes alimentaires et les cas de cancers sont systématiquement enregistrés afin de comparer la fréquence de cette maladie entre des groupes de personnes définis par leur alimentation (riche en fibres, pauvre en matières grasses, par exemple).

Un exemple d’étude de ce type est l’étude Suvimax qui a analysé, entre 1994 et 2002, les habitudes alimentaires et les données de santé de 13000 personnes. Depuis 2007, Suvimax 2 étudie les habitudes alimentaires de plus de 7000 seniors.

Des études biochimiques pour comprendre les mécanismes d’action

Parallèlement, un travail de laboratoire est mené sur des cultures de cellules ou sur des animaux pour essayer d’isoler, à partir des aliments, des substances qui préviendraient le cancer.

Au cours des dernières années, ces recherches ont permis d’identifier un nombre considérable de molécules potentiellement protectrices: par exemple les vitamines C et E, les caroténoïdes ou les isothiocyanates (présents en grande quantité dans les choux et le cresson).

Certaines études sont alors mises en place pour mesurer les effets d’une alimentation enrichie en telle ou telle de ces substances.

Des études cliniques pour confirmer un effet bénéfique

Ainsi, pour prouver de manière définitive qu’un aliment peut avoir un rôle protecteur, il est nécessaire de mener des études qui comparent le taux de cancer entre un groupe témoin (qui reçoit un placebo) et un groupe recevant l’aliment étudié.

Ces études sont longues et coûteuses et ne peuvent être financées que si leur promoteur peut espérer un retour sur investissement (par exemple, dans le cadre d’un brevet qui lui assure l’exclusivité de la commercialisation d’un complément alimentaire pendant plusieurs années). Elles sont malheureusement plutôt rares.

Des résultats discordants et, parfois, un risque aggravé

Le plus souvent, les études comparatives donnent des résultats discordants et soulèvent davantage de questions que de réponses. Par exemple, il semble désormais établi qu’une alimentation riche en graisses ne favorise pas directement l’apparition du cancer du sein. En revanche, l’excès de poids est un facteur de risque de nombreux cancers et une alimentation riche en matières grasses contribue à cet excès.

De la même manière, l’effet des fibres alimentaires sur la survenue du cancer du côlon reste probable mais incertain. Si une vaste étude européenne a montré qu’un apport quotidien de 35 g de fibres (équivalent à sept fruits ou légumes, ou à six tranches de pain complet) réduisait de 40 %le risque de développer ce type de cancer, plusieurs études américaines n’ont pas révélé d’effet majeur.

Néanmoins, le rapport du Fonds mondial de recherche contre le cancer considère comme probable l’effet protecteur des fruits, des légumes et des autres aliments riches en fibres, vis-à-vis des cancers du tube digestif.

De plus, les études portant sur les vitamines C et E et sur le bêta-carotène n’ont pas confirmé leur rôle dans la prévention du cancer du côlon. Une étude finlandaise a même montré un risque augmenté de cancer du poumon chez des fumeurs recevant des compléments de bêta-carotène. De plus, l’étude Suvimax a montré une augmentation du risque de cancer de la peau chez les femmes prenant du bêta-carotène.

Lorsqu’un aliment ou un mélange de nutriments a fait ses preuves pour protéger notre santé, il peut, sous certaines conditions, se prévaloir d’une allégation de santé, c’est-à-dire un message qui suggère qu’un produit procure des bénéfices particuliers pour la santé.

Aujourd’hui, peu d’aliments peuvent se prévaloir d’un effet positif dans la prévention des cancers. Le plus souvent, plutôt que d’aliments, il s’agit d’habitudes alimentaires (par exemple, la consommation de fibres ou le régime crétois).

    • Rapport du Fonds mondial de lutte contre le cancer, 2007.
    • Hercberg S, Czernichow S, Galan P. Tell me what your blood beta-carotenelevel is, I will tell you what your health risk is! The viewpoint of theSUVIMAXresearchers.Ann Nutr Metab. 2009;54(4):310-2.
    • Asgari MM et al. Antioxidant supplementation and risk of incident melanomas: results of a large prospective cohort study.Arch Dermatol. 2009 Aug;145(8):879-82.
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