Arrêt cardiaque lié à l’acte sexuel : peu fréquent mais de mauvais pronostic malgré la présence d’un tiers


De nombreuses anecdotes historiques de décès pendant un acte sexuel
Le décès soudain pendant l'acte sexuel marque les esprits lorsqu'il touche des personnalités célèbres : le président Félix Faure et sa fellation fatale, le milliardaire Nelson Rockefeller, etc.

Il est à noter que le terme « épectase » n'est utilisé pour signifier le décès pendant l'amour que depuis celui du cardinal Jean Daniélou en 1974, dans les bras d'une prostituée. Ce terme, traditionnellement utilisé pour indiquer le progrès de l'homme vers Dieu, se trouvait dans l'éloge officielle de ce prélat.

Après avoir été humoristiquement détourné par le Canard enchaîné, il est entré dans le langage courant avec cette nouvelle définition.

Pourtant, peu d'études ont cherché à mesurer la fréquence de ce type de décès. Jusque-là, seule une étude allemande sur des autopsies évaluait à 0,2 % le pourcentage de mort subite liée à l'acte sexuel.
 
Une étude sur une cohorte de morts subites en Oregon
Des médecins du Cedars-Sinai Medical Center (Los Angeles) viennent de publier une analyse portant sur une cohorte de morts subites en Oregon (Sudden Unexpected Death Study, SUDS).

Entre 2002 et 2015, 4 525 arrêts cardiaques ont été enregistrés dont les circonstances de survenue étaient consignées dans les rapports des services d'urgence.

L'âge moyen de ces personnes ayant souffert d'arrêt cardiaque était de 65 ans et il s'agissait d'hommes dans 68 % des cas.
 
Un lien avec l'acte sexuel dans 1 % des cas chez les hommes, 0,1 % chez les femmes
Parmi les 4 525 arrêts cardiaques enregistrés, seuls 0,7 % (34) ont eu lieu pendant (55 %) ou moins d'une heure après (45 %) des relations sexuelles.

Ces arrêts cardiaques concernaient des hommes dans 94 % des cas (et comptaient pour 1 % des arrêts cardiaques dans cette population, contre 0,1 % chez les femmes).

L'analyse des données de la cohorte SUDS montre que les personnes ayant subi un arrêt cardiaque lié à l'acte sexuel étaient plus jeunes que la moyenne de la cohorte (60 ans contre 65 ans pour la cohorte).

De plus, les personnes afro-américaines étaient sur-représentées (19 % des cas contre 8 % pour le reste de la cohorte).
 
Les troubles du rythme cardiaque semblent prédisposer à ce type d'arrêt cardiaque
L'étude sur la cohorte SUDS montre également que des troubles du rythme cardiaque préexistants augmentent le risque d'arrêt cardiaque pendant ou après les relations sexuelles.

En effet, 76 % de ces arrêts cardiaques ont été observés chez des personnes ayant des antécédents de tachycardie ou de fibrillation ventriculaire (contre 45 % dans le reste de la cohorte).

Par contre, les antécédents de coronaropathie ou d'insuffisance cardiaque symptomatique ne semblent pas augmenter le risque de mort subite liée à l'acte sexuel. Néanmoins, la majorité des cas documentés recevaient des médicaments à visée cardiovasculaire.
 
Des gestes de premier secours réalisés dans seulement un tiers des cas !
L'étude sur la cohorte SUDS montre également que, malgré la présence quasi-systématique d'un tiers, le pronostic après arrêt cardiaque n'est pas significativement meilleur pour les arrêts liés au sexe : 20 % contre 13 % pour l'ensemble de la cohorte.

Les auteurs de l'étude évoquent comme explication le fait que les gestes de premier secours n'ont été effectués (par le partenaire sexuel) que sur 30 % des personnes en arrêt cardiaque.

 

Pour mémoire, comme le rappelle la Fédération Française de Cardiologie dans cette brochure, les 3 gestes de premier secours en cas d'arrêt cardiaque sont : 
  1. Appeler le 15 (SAMU) pour prévenir les secours. 
  2. Commencer immédiatement le massage cardiaque
  3. Si d'autres personnes sont présentes (NDLR : cas certes peu fréquent en cas de rapport sexuel), leur demander de s'informer : un défibrillateur est-il disponible à proximité ? Si oui, aller le chercher aussi vite que possible. 


Ils identifient ainsi une marge d'amélioration grâce à l'éducation systématique des proches (famille, partenaire sexuel) de personnes ayant des antécédents cardiovasculaires, et en particulier des troubles du rythme.
 
Par ailleurs, malheureusement, la nature des données recueillies dans la cohorte SUDS ne permet pas d'identifier le poids de facteurs de risque cardiaques évitables comme, par exemple, l'alcool, les stimulants ou les médicaments.

En conclusion : des accidents rares dont la prise en charge immédiate peut être améliorée
Selon cette analyse, sur 100 décès d'hommes et 1 000 de femmes, 1 paraît lié à un rapport sexuel.

C'est donc peu fréquent et il faut donc être plutôt rassurant lorsqu'un patient pose une question sur cette possibilité.

Néanmoins si ce patient est un homme et présente des antécédents cardiovasculaires, en particulier des troubles du rythme, il peut s'avérer utile, en fonction de son profil certes, d'évoquer avec lui ce risque et de lui conseiller d'informer son partenaire, afin qu'il réalise, si par malheur un tel accident se produit, les gestes de premier secours, afin de diminuer un peu les risques de décès ou de complications neurologiques sévères. 

D'une manière générale, il faudrait dans l'idéal que les hommes et femmes connaissent ces gestes, en particulier à partir de 55-60 ans, au cas où leur partenaire, dont ils ne connaissent pas forcément les antécédents, ait un arrêt cardiaque. 
 
Pour aller plus loin
 
La lettre publiée dans le Journal of the American College of Cardiology
Aro AL, Rusinaru C et al. « Sexual Activity as a Trigger for Sudden Cardiac Arrest. » J Am Coll Cardiol. Volume 70, Issue 20, 14–21 November 2017, Pages 2599-2600
 
L'étude allemande portant sur des autopsies
Parzeller M, Bux R et al. « Sudden cardiovascular death associated with sexual activity: a forensic autopsy study (1972-2004). » Forensic Sci Med Pathol 2006;2:109–14.

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